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15 – La Forêt en Nivernais – Scieurs de long

15 – La Forêt en Nivernais – Scieurs de long

La quinzième carte postale de la série « La Forêt en Nivernais » met en scène deux scieurs de long dans la forêt des Bertranges. À l’époque où Raoul Saulnier d’Anchald a pris ce cliché, les scieurs de long étaient encore nombreux dans la Nièvre et constituaient une classe bien particulière parmi les ouvriers des bois, qualifiée par Michel Pigenet de « véritable aristocratie ouvrière ».

Paul Delarue, dans son Recueil de chants populaires (1947), confirme l’importance de l’activité des scieurs de long dans le département au tournant du 20e siècle : « Il y a une cinquantaine d’années, la pratique du sciage de long était encore très répandue dans la Nièvre. Les charpentiers, les charrons, les menuisiers débitaient généralement eux-mêmes le bois nécessaire à leur travail, et le maniement de la scie de long faisait partie de leur travail. Mais il y avait aussi chez nous, et depuis fort longtemps, des scieurs spécialisés, « scieurs d’ais » ou scieurs de long qui travaillaient sur les chantiers importants […]. Ils débitaient le bois de sciage en planches à l’usage des menuisiers et le bois d’équarrissage en poutres, chevrons, voliges et membrures à l’usage des charpentiers ».

Les scieurs de long travaillaient généralement directement sur le lieu des coupes ce qui permettait de limiter les charges et les contraintes de transport des matières premières. Deux hommes, l’un à terre (le renard), l’autre debout sur un haut chevalet (le chevrier), attaquaient la grume en bout, c’est-à-dire en sciant contre le fil du bois. La grume, solidement liée au chevalet, était ainsi débitée en planches, en traverses de chemin de fer ou en bois de charpente à l’aide d’une longue scie à cadre dotée d’une lame à denture à crochets.

Achille Millien agrémente la carte postale « Automne VI – Scieurs de long » de quelques vers sur le sort réservé aux troncs d’arbre par les outils des scieurs de long : « J’entends le grincement qui sort / Du tronc quand la scie y pénètre / Et je me dis que c’est peut-être, / Ce cri du bois que l’acier mord, / Un cri de torture et de mort ! »