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Abécédaire des grandes chênaies de France – Amboise et ses bois

Abécédaire des grandes chênaies de France – Amboise et ses bois

Paru en octobre 2018, le livre Le Chêne en majesté, de la forêt au vin met en lumière le concept de terroir forestier : un sol et une exposition, une pluviométrie particulière, un ensoleillement spécifique, auxquels il faut ajouter un type d’essences, une densité de plantation et un âge moyen, qui vont influencer le grain et la qualité du bois. La valeur d’une haute futaie de chênes dépend donc de son terroir et de la manière dont elle a été « conduite », dirait un vigneron, ou « gérée », dit l’expert forestier.

Le livre, richement illustré de photographies, dresse notamment, à travers un abécédaire forestier offrant aux lecteurs de nombreux détails géographiques, mésoclimatiques, géologiques et historiques, la liste de vingt-six chênaies parmi les plus belles de France, à l’image de la forêt d’Amboise.

On connaît les châteaux de la Loire, mais on néglige ses chênaies. Entre la ville d’Amboise et la Loire au nord, et Chenonceaux et le Cher au sud, la forêt d’Amboise est enchâssée dans une vallée fertile qui s’étend sur 6000 hectares. Relief peu marqué (en moyenne 120 mètres d’altitude) mais histoire mouvementée : la forêt d’Amboise a été ballottée entre propriétaires publics et privés. D’abord royale – François Ier venait y chasser à courre –, elle tombe dans les mains du duc de Choiseul en 1761 puis, au siècle suivant, de Clémentine de Saxe, la fille de Louis-Philippe. Avant d’être divisée en trois en 1908, quand Paul Hirsch s’en porte acquéreur. La famille Léon en détient aujourd’hui la plus belle partie, 1600 hectares, dont 99% de chênes.

Cette forêt privée, ouverte au public, est constituée à 70% de chênes sessiles et 30% de chênes pédonculés. Alisiers, merisiers et résineux complètent cet ensemble géré par le Groupement forestier de La Rouillardière. Laurent Borel en est le gestionnaire avisé et pratique une sylviculture en futaie irrégulière, à la différence de l’ONF, adepte de la futaie régulée où tous les arbres d’une parcelle ont plus ou moins la même grosseur. « C’est une forêt âgée, en moyenne de 120 à 150 ans, dit-il. Elle est répartie en cinq séries correspondant à des sols différents. Argilo-limoneux pour Les Vieilles Granges et le chêne La Roue, par exemple, et argiles à silex pour La Commanderie. Pour une pluviométrie de 650 à 700 millimètres par ans. »

« C’est une forêt privée un peu atypique, car la chênaie privée en général est surtout faite de pédonculés, et elle change de mains tous les 25 ans environ », remarque Eric Sevrin, du Centre Régional de la Propriété Forestière. « Amboise est d’autant plus exemplaire. » Nous marchons maintenant dans La Commanderie. « C’est un vrai circuit de F1, car ce ne sont que des chênes exceptionnels, sourit Laurent Borel. Le sol est riche et on a choisi soixante arbres par hectare, identifiés d’un trait de peinture verte et inscrits un par un dans notre fichier de réserve. Nous faisons un desserrage tous les 5 ans, c’est-à-dire que l’on fait une coupe d’éclaircie afin que la partie haute du chêne, le houppier, s’élargisse. Alors que l’ONF préfère garder de hautes tiges. »

La chasse à courre et les battues contribuent aux ressources issues de la forêt, à hauteur de 15%, mais plus que les revenus, c’est la nécessité de contenir les abroutissements du gros gibier, friand de jeunes pousses, qui justifie cette activité cynégétique. Tout comme le bois de chauffage, vendu sur pied à des particuliers qui ne coupent que les arbres marqués dont on veut se séparer. Cinq étangs et une rivière, l’Amasse, sillonnent la forêt, où le houx et la mousse tapissent harmonieusement les sous-bois. Mais ce dont La Rouillardière est le plus fier, c’est son chêne de 180 ans ; Il est encore debout et vient d’être vendu 15000 euros, soit 1500 euros le mètre cube de grume. Le record de la pièce vendue 1983 euros à Tronçais en 2015 n’a toutefois pas été battu. Le chêne Jane, nommé ainsi en mémoire de Jane Léon, va en tout cas laisser un grand vide.

 

Retrouvez l’intégralité de l’abécédaire des grandes chênaies de France, et bien plus encore, dans Le chêne en majesté, de la forêt au vin de Sylvain Charlois et Thierry Dussard.